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Présentation du cycle (1re partie)

Les pères d’aujourd’hui ont peu à voir avec les pères d’autrefois, ceux que le cinéma et la littérature nous ont le plus souvent montrés, à travers des personnages masculins incarnant avec force ce modèle autoritaire (À l’est d’Eden) ou ne pouvant au contraire s’y conformer (Le Voleur de bicyclette). La psychanalyse a fortement contribué à cette construction d’un Père majuscule, porteur de l’ordre dans le foyer, chargé de séparer le couple trop fusionnel que la mère formerait avec son enfant. Cette vision monolithique était une continuation du modèle patriarcal féodal, mais qui faisait l’impasse sur un événement historique de taille : la Révolution française. Pourtant, couper la tête au roi, père de la nation, quel symbole ! 

 

La part du père

Ces transformations de la paternité vont de pair avec une nouvelle répartition des rôles entre hommes et femmes. Deux films ont su en leur temps s’en faire l’écho. Dans Trois hommes et un couffin, fantaisie féministe, Coline Serreau s’amuse à redistribuer les rôles. De l’autre côté de l’Atlantique, Dustin Hoffman avait interprété quelques années plus tôt un père divorcé apprenant à concilier vie professionnelle et paternité. Drôle et tendre, Kramer contre Kramer, film en sympathie totale avec un père nouvelle manière, prenait en compte l’évolution de la société américaine.
Ces nouveaux rapports de parentalité entre hommes et femmes ont modifié les fonctions réelles et symboliques attachées aux pères. Les titres de quelques essais récents sont révélateurs de cette évolution et de ces questionnements : “Comment être père aujourd’hui” de Jean Le Camus (Éd. Odile Jacob, 2005), “La fin du dogme paternel” de Michel Tort (Éd. Aubier, 2005), “La place des hommes et les métamorphoses de la famille” de Christine Castelain-Meunier (Éd. PUF, 2005). 

 

Une paternité à conquérir

La paternité ne va pas de soi et les cinéastes filment désormais des pères qui osent l’émotion et avouent sans honte leurs doutes
et leurs faiblesses éventuelles. Certains faisant même de leur paternité future un élément de leur travail créatif. Nanni Moretti explore avec humour cet entre-deux de l’attente de l’enfant. Aprile devient ainsi le journal intime et anti-berlusconien d’un futur père, angoissé avant l’accouchement. Une angoisse d’autant plus pertinente que le désir de paternité ne repose plus uniquement sur la filiation du sang et le désir de reproduction, en tant que certitudes universelles. Le film de Moretti illustre à sa manière une nouvelle conscience paternelle, peut-être plus profonde et plus affirmée. Un homme nouveau ? 

 

Choisir son père

Tout semble à réinventer aujourd’hui. Avoir un enfant devient un projet parental entre deux partenaires pas nécessairement de sexes différents. Quand et comment ? Pourquoi ? Encore d’autres questions que le cinéma commence timidement à aborder. Préférant souvent l’intime au social, le cinéma excelle à montrer les relations, souvent filmées comme plus harmonieuses, que des enfants établissent avec des pères d’adoption, qui deviennent des passeurs plus compréhensifs qu’un père naturel. Cette inversion romanesque du thème de l’adoption, où l’enfant choisit son père et non le contraire, illustre de manière originale les mutations actuelles non seulement du masculin mais du modèle familial classique : un père, une mère.
“Le cinéma est le lieu du père”, disait Serge Daney, le ciné-fils. Cette formule heureuse explicite la relation affective qui nous lie à ces films “qui ont regardé l’enfance”. Ce moment, comme l’a intuitivement senti Daney, où le cinéma devient une famille. Certaines de ces oeuvres fondatrices sont projetées les dimanches après-midi, moment privilégié pour que la filiation et la transmission de ce beau mystère continuent.