Présentation du cycle (dernière partie)Après les patriarches et les pères en devenir, cette deuxième partie du cycle révèle une douceur retrouvée des pères, comme enfin permise à l’intérieur de modèles familiaux en plein bouleversement, et un rapport à l’enfance peut-être plus serein. Des rencontres-débats et des conférences complètent comme à l’accoutumée les projections de films. |
Les films ont ce pouvoir de capter une part du réel, du monde dans lequel nous vivons. Ils sont un peu de notre mémoire collective des années écoulées, de ce qui fit l’ère du temps. Il en est ainsi de certains pères de cinéma, qui ont laissé leur empreinte sur les écrans et dans nos esprits. Parmi les films qui ont contribué à véhiculer une nouvelle image des pères, Kramer contre Kramer eut un retentissement peut-être oublié aujourd’hui mais néanmoins important. Pour la première fois peut-être, un homme divorcé élevant seul son fils était montré comme un père capable d’assumer les tâches domestiques tout en poursuivant sa carrière. Le féminisme était passé par là bien sûr et cette comédie bien contemporaine l’avait intégré. Il n’était pas anodin non plus que le père soit interprété par
Dustin Hoffman, acteur incontournable du nouveau cinéma américain des années 70 chez Arthur Penn ou Sam Peckinpah. Tous les pères de l’époque pouvaient s’identifier au comédien, qui remporta le premier Oscar de sa carrière pour ce rôle.
Kramer contre Kramer montrait qu’un père pouvait aisément assumer ses responsabilités en l’absence de la mère de son fils, qui avait quitté le foyer pour refaire sa vie. Nombreux sont les films qui semblent avoir besoin d’effacer les mères pour se centrer sur la relation père-enfant, souvent père-fils. Comme si ce vide dû à la séparation ou la mort était la base permettant de construire une relation entre hommes. Simple commodité de récit ou raison plus profonde, la question est posée. Il en résulte des duos magnifiques dans une filmographie riche et sans cesse renouvelée (Yasujiro Ozu, Fritz Lang, Sacha Guitry). Cependant, une fois le lien filial établi, Il faut marier papa (Vincente Minnelli) et trouver une nouvelle femme pour composer une famille “idéale”. Hors de ce schéma classique,
le cinéma d’aujourd’hui filme de plus en plus des familles “atypiques” : ces familles recomposées dont nous parlent nos invités, reflets des nouveaux rapports entre hommes et femmes, entre masculin et féminin. On le sait, la paternité se modifie profondément, indissociable d’une recomposition du masculin qui ouvre sans doute une nouvelle période de l’histoire des hommes.
À travers les pères, ce sont des portraits d’enfants qui sont également dévoilés. Apeurés ou admiratifs, les enfants sont ces miroirs qui renvoient à l’adulte une image de lui-même idéalisée ou crainte. Les films sur les pères sont donc aussi des films sur l’enfance. Parfois aussi des films pour les enfants quand la caméra est placée à leur hauteur, que les histoires plus grandes que nature se transforment en contes merveilleux mêlant imaginaire et réel. Un pantin de bois peut devenir petit garçon, un avion-jouet peut devenir réel. Cédric Kahn dans L’Avion a filmé ce basculement très naturellement, comme un rêve devenu réalité, osant mettre au centre de son film la mort du père, non pas comme source de mélodrame mais comme point de départ d’une aventure fantastique. Fritz Lang avait fait
de même dans Moonfleet, incontournable récit d’initiation d’un garçon au courage poignant, capable de côtoyer les tombes et les cadavres d’un cimetière, et de transformer par son optimisme inébranlable un cynique contrebandier en père admirable. Qu’importe si cette croyance en l’homme n’est probablement qu’illusion…